βosselin peintre verrier

Professeur de lettres classiques au lycée de jeunes filles du Havre, elle fut détachée à l'annexe du lycée du Havre à Etretat durant la "drôle de guerre".

Ses élèves, filles et garçons, venaient de lycées parisiens, d' établissements de l'est de la France,d'écoles primaires supérieures de la Seine, et d'écoles libres.

Si elle n'avait échoué à l'agrégation de lettres classiques en 1939, elle serait partie aux Etats-Unis comme lectrice à l'Université de Columbia. Son passeport était prêt, sa chambre réservée, mais le sort en décida autrement.

Citadine plus habituée à la vie parisienne qu'à la vie rurale, elle entretenait pendant son "exil à Etretat" une correspondance régulière avec ses parents et avec son frère.

Elle décrivait volontiers ses émotions et ses sensations face au spectacle de la mer et des falaises, ses difficultés matérielles, la joie qu'elle éprouvait à enseigner, et son inquiétude devant la montée inexorable de la guerre.

Engagée dans la Résistance, elle fut arrêtée par la Gestapo à Amiens le 12 février 1944 sur dénonciation.

Elle est décédée le 15 février 1944 à Paris.




« tempête » - vitrail

Le Noroît. 20/10/1939

      Nous avons eu de grandes difficultés pour trouver où gîter.... Nous avons fini par louer 2 pièces et une cuisine donnant sur la mer, auprès du Casino, à gauche, face au petit port. Nous n'aurons du feu que lorsque nous aurons fourni un poêle, que nous aurons fait installer à nos frais ... Nous gelons, littéralement; le vent passe à travers les fentes des volets et des fenêtres et nous contemplons, enveloppées de robes de chambre, bas de laine aux pieds, manteaux de fourrure sur les jambes, la valse de l'abat-jour de soie qui voile la lampe centrale. Avantage, les actes les plus ordinaires, cirer des chaussures,laver la vaisselle, ont comme fond musical le bruit du vent et de la mer. Tout prend de la grandeur. La mer, le ciel, leurs changements s'encadrent dans nos fenêtres. C'est vraiment très beau, mais pas du tout reposant.

2/12/1939

      La tempête vit en Etretat à l'état constant; les rafales de vent, le choc des vagues sur le galet secouent la maison jusqu'en ses fondements. Les vitres tremblent, les volets grincent en résistant. Si je ne tire rien d'une pareille année,c'est que je suis une parfaite idiote...

6/12/1939

      La tempête continue à orchestrer mes nuits et mes jours. De mon lit, je voyais tantôt un grand pan de ciel brun et un peu de vert dur, la mer. Je suis furieuse d'être attachée ici...

18/12/1939

      Le temps s'est mis au froid, les falaises et les maisons ont perdu toute consistance. On a l'impression qu'avec un doigt on pourrait les délayer dans la brume. Le ciel et la mer sont fondus dans un gris glacé.

            Madeleine  Michelis




« gîvre » - vitrail

Le Noroît. 20/10/1939

      Nous avons eu de grandes difficultés pour trouver où gîter.... Nous avons fini par louer 2 pièces et une cuisine donnant sur la mer, auprès du Casino, à gauche, face au petit port. Nous n'aurons du feu que lorsque nous aurons fourni un poêle, que nous aurons fait installer à nos frais ... Nous gelons, littéralement; le vent passe à travers les fentes des volets et des fenêtres et nous contemplons, enveloppées de robes de chambre, bas de laine aux pieds, manteaux de fourrure sur les jambes, la valse de l'abat-jour de soie qui voile la lampe centrale. Avantage, les actes les plus ordinaires, cirer des chaussures,laver la vaisselle, ont comme fond musical le bruit du vent et de la mer. Tout prend de la grandeur. La mer, le ciel, leurs changements s'encadrent dans nos fenêtres. C'est vraiment très beau, mais pas du tout reposant.

2/12/1939

      La tempête vit en Etretat à l'état constant; les rafales de vent, le choc des vagues sur le galet secouent la maison jusqu'en ses fondements. Les vitres tremblent, les volets grincent en résistant. Si je ne tire rien d'une pareille année,c'est que je suis une parfaite idiote...

6/12/1939

      La tempête continue à orchestrer mes nuits et mes jours. De mon lit, je voyais tantôt un grand pan de ciel brun et un peu de vert dur, la mer. Je suis furieuse d'être attachée ici...

18/12/1939

      Le temps s'est mis au froid, les falaises et les maisons ont perdu toute consistance. On a l'impression qu'avec un doigt on pourrait les délayer dans la brume. Le ciel et la mer sont fondus dans un gris glacé.

            Madeleine  Michelis




« printemps » - vitrail

4/05/1940

      Aujourd'hui, après 3h 1/2, départ en voiture pour Epivent où nous attendait une vieille petite ferme délabrée, à 5kms dans les terres... Enclos plein des pommiers en fleurs, du rose le plus vivant, tordus et noueux comme des mains de paysan, une petite maison basse, couverte moitié chaume, moitié ardoise, une belle grange avec un toit de chaume et une odeur de grain, une petite laiterie près de la fosse à purin, une écurie en ruines. Là-dessus une lumière tamisée par la brume, et près de la barrière, de grandes pièces de terre, nues et belles comme celles de la Brie, avec de lourds chevaux qui labouraient.

            Madeleine  Michelis   




« couchant » - vitrail

Le Noroît. 21/04/40

      Chaque soir ,un pêcheur de mes voisins, vieux et sale, apporte son petit fils près des barques et lui montre le coucher du soleil. Le printemps et le temps clair rendent la mer poissonneuse. Avant-hier, une barque ramenait une centaine de raies bouclées et gluantes, trois gros turbots, des soles qui se cambraient sur le galet, des tourteaux baveux et cinq grands homards bleus.Cela faisait rêver, sur nos galets froids, à des soupes de poissons méridionales, à du homard bien épicé, aux roches brûlantes de soleil de la côte roussillanaise. Pas de bruit,sauf celui de la mer. La criée au poisson se fait toujours par clignements d'yeux, tu sais. Je te souhaite quelques balades dominicales comme celle que je viens de faire vers Bénouville ... : pleine de vent, de soleil et de joie physique, avec le secret dégoût de ne pouvoir mieux meubler une si éclatante journée...

26/04/40

      Je continue à vivre mes soirées, baignée dans l'admirable lumière que tu connais.Chaque soir, j'attends sept et huit heures avec autant d'impatience que j'ai pu attendre Pierre. Dès cinq heures je ne fais plus rien de bon, j'épie le ciel, la mer, je cherche à deviner le spectacle futur, toujours imprévisible. Devant la mer qui se glace de gris, de bleu, de vert, de rouge, de violet, je danse ma joie.Surtout les ciels qui s'éclaboussent de rouge sanglant, de vert cru ou d'or en fusion, avec des nuages si lourds qu'ils s'écrasent sur la falaise, violents et mouvants, me réservent chaque soir une joie égale et neuve. Quand la nuit est tout à fait tombée, je commence à travailler. Il le faut....

           Madeleine  Michelis




« Solesme » - vitrail

Auvers le Hamon, 25 juillet 1942

      Puis nous sommes allés à Solesmes : messe bénédictine, recueillie et magnifiquement chantée, rien de sali parce que pas de touristes; de très belles statues de la fin du XVème et du milieu du XVIème; deux mises au tombeau l'une du Christ, l'autre de la Vierge : grave paix des visages des cadavres, poids des corps sur les linceuls, douleur sereine des assistants. Cela mène à une méditation de la mort riche et réconfortante. J'ai pensé à Longuet, peut-être le plus heureux de nous tous.




« Bruniquel » - vitrail

2 juillet 43, Bruniquel



      Ils habitent le 1er étage d'une maison ancienne, dallée de rouge, aux pièces larges et hautes, une cuisine, une salle à manger où je couche, et une chambre, un jardin de roses et de cyprès, un vieux puits, rare privilège dans ce pays sans eau, une vue sur les pentes arides de la montagne, du soleil assez dur. La maison est en bas du pays. Derrière chez nous les maisons escaladent une pente raide pour aller jusqu'au château. De ce côté-là des contreforts à pic de roche nue et brune. Dans le fond l'Aveyron roule des eaux assez chiches. Un paysage assez proche de ceux de l'Ariège un peu avant Foix.




« le poêle » - vitrail

Amiens, le 4 novembre 1942

      Arrivée sinistre dans la ville sous une pluie battante. Heureusement que je me repère à peu près. Je suis rentrée trempée ( ma jaquette est à peine sèche ), après avoir buté contre des trottoirs et des seaux à ordures. J'ai oublié ma côtelette, hélas, mais j'ai profité jusqu'à midi compris du morceau d'épaule de mouton. Toujours rien pour ma carte de charbon. Je m'en vais à la recherche d'un poêle à bois, et des denrées rationnées de novembre. Puis je remonterai en vitesse dîner et me coucher, car mon lit est le seul endroit où il fasse un peu chaud.

Le 12 novembre

      Nous sommes chauffés au lycée depuis mardi, c'est un peu plus vivable mais rien à faire pour lutter efficacement contre les courants d'air. La question chauffage va s'améliorer pour moi. Je fais scier mon bois aujourd'hui, et je vais au moins pouvoir me chauffer dans ma cheminée. Par ailleurs, après vive réclamation à la mairie, j'ai touché un bon de 40kgs de charbon : je les attends comme le Messie, pour le poêle à bois. Je suis aussi à la recherche des bons matières, sans grand espoir dans Amiens.

Le 16 novembre

      Je trouve ton mot en remontant de la ville un poêle dans une remorque prêtée par le père d'une élève. Je l'ai eu sans bons matières et je n'étais pas peu fière de me balader à travers Amiens en tirant ferme sur la remorque. Enfin, je vais avoir chaud. Je saute tout à l'heure chez le fumiste et j'essaie de le persuader de me monter le poêle demain. Avoir chaud, et au plus vite.




« théatre » - infographie

Amiens, 14 janvier 1943

Aujourd'hui seconde et dernière représentation des Précieuses. Beaucoup de succès mérité. C'était très bien et fait avec rien, des vieilles robes, des jaquettes de tailleur modifiés avec des bouts de rideaux, presque pas de décor. Mais mes actrices intelligentes en diable, ont joué avec beaucoup de finesse et d'humour et elles ont eu leur public. Moi, je me suis follement amusée, étant machiniste, accessoiriste, costumier, habilleuse, maquilleur et metteur en scène. Seulement j'ai perdu beaucoup de temps, je suis assez fatiguée et les copies se sont accumulées, jusqu'à la nausée. Ma passion pour le théâtre devient dévorante, j'aurais bien dû en prendre conscience dix ans plus tôt.




« la cathédrale » - vitrail

Amiens. Samedi 5 décembre 42

Un retour ravissant ; en deux jours l'hiver a frappé le Vermandois et la Picardie. Soleil éblouissant sur des arbres givrés et des terres gelées. La première fois que je débarque dans Amiens avec un ciel clair, du froid vif et un sol propre. La cathédrale brillait de tout son éclat.

Amiens. Le vendredi 28 janvier 44

Nous sommes gâtés en ce moment à Amiens : après-demain Regain donne " On ne badine pas avec l'amour " et lundi, merveille des merveilles, les Petits chanteurs à la Croix de Bois viennent chanter le Salut à la cathédrale.